Le mystère Saint-Exupéry
Une énigme méditerranéenne qui persiste
Antoine de
Saint-Exupéry
31 juillet 1944, 8h35. Un Lightning P-38 décolle de l'aérodrome de Borgo, en Corse. À ses commandes, le commandant Antoine de Saint-Exupéry, 44 ans, écrivain célèbre et pilote aguerri. Sa mission : une reconnaissance photographique au-dessus des Alpes pour préparer le débarquement de Provence. Il ne donnera plus jamais signe de vie. Quatre-vingts ans plus tard, malgré la découverte de l'épave, les circonstances exactes de sa mort demeurent un mystère.
21 décembre 2025
Soixante ans d'absence
Pendant plus d'un demi-siècle, aucune trace de l'aviateur ni de son appareil. Les théories se multiplient : accident technique, suicide, combat aérien... « On ne saura probablement jamais ce qui est arrivé ce jour-là », écrit le site histoire-pour-tous.fr.
Cette incertitude alimente la légende de l'écrivain-aviateur.
Le premier indice surgit le 7 septembre 1998. Jean-Claude Bianco, patron-pêcheur marseillais, remonte dans ses filets un objet insolite : une gourmette en argent oxydée par un long séjour sous-marin. Gravée sur le bracelet, l'identité d'Antoine de Saint-Exupéry et l'adresse de son éditeur new-yorkais. La découverte, rapporte le site grandsudinsolite.fr, est d'abord mise en doute par la famille de l'écrivain.
L'épave retrouvée
La gourmette relance les recherches. Luc Vanrell, plongeur archéologue marseillais, se souvient d'avoir exploré dans les années 1980 une épave d'avion dans le secteur, sans se douter de son identité.
« La disparition était vraiment pour moi ce qui seyait le mieux au personnage », confie-t-il à France Info. Le 27 mai 2000, il découvre officiellement des débris de l'appareil au large de Marseille, près de l'île de Riou, à 80 mètres de profondeur.
Il faut attendre le 7 avril 2004 pour que l'épave soit formellement identifiée comme le Lightning P-38 numéro 223 que pilotait Saint-Exupéry.
« C'est bien le numéro 223 que pilotait Antoine de Saint-Exupéry », déclare Vanrell à France Info. Les débris, remontés entre le 1er et le 3 septembre 2003, ont été confiés au musée de l'Air et de l'Espace au Bourget et ont fait l’objet d’une exposition temporaire, du 29 mai au 3 novembre 2024.
L'état de l'épave témoigne de la violence du crash. La simulation informatique, précise le Parc national des Calanques, montre « un piqué, presque à la verticale et à grande vitesse, dans l'eau ».
Mais cette découverte, loin de clore le mystère, en ouvre de nouveaux chapitres.
Les pistes contradictoires
En mars 2008, un événement relance l'enquête. Horst Rippert, ancien pilote allemand de Messerschmitt Bf 109, affirme dans le journal La Provence avoir abattu un P-38 le 31 juillet 1944 dans la zone où se trouvait Saint-Exupéry.
« Si j'avais su qui était assis dans l'avion, je n'aurais pas tiré. Pas sur cet homme », déclare-t-il, admirateur de l'écrivain.
Cette confession semble corroborée par des archives allemandes. Bruno Faurite, inspecteur de la police de l'air cité par grandsudinsolite.fr, révèle l'existence d'un microfilm dans les archives de Fribourg mentionnant que « le 31 juillet 1944, quatre P-38 ont été abattus en France dont un seul en Méditerranée ».
Plus troublant encore, l'agenda personnel de l'officier Hermann Korth, chargé de recenser les événements dans le sud de la France, porte cette annotation pour le 31 juillet : « destruction d'un avion d'observation en feu sur la mer ».
Pourtant, selon le Parc national des Calanques, « plusieurs incohérences laissent encore planer le doute sur ce récit ».
Les experts s'interrogent : tir ennemi, problème technique, malaise du pilote, ou même suicide ?
« Rien sur le site de l'épave ou dans les archives ne permet, encore aujourd'hui, d'être totalement certain des circonstances exactes de la mort de l'écrivain-aviateur », conclut le Parc national.
Un mystère qui façonne la légende
Cette incertitude qui entoure les derniers instants de Saint-Exupéry participe paradoxalement à sa postérité. « Il est devenu un personnage quasi légendaire dont on raconte les exploits dans les troquets fréquentés par les pilotes », relate Radio Notre Dame, citant l'écrivain Virgil Tanase.
Quatre-vingts ans après cette matinée du 31 juillet 1944, le commandant Antoine de Saint-Exupéry reste fidèle au personnage qu'il a créé : un petit prince qui a quitté sa planète sans laisser de traces visibles, mais dont la présence continue de toucher des millions de cœurs.
Comme pour son héros, la question n'est peut-être pas de savoir comment il est parti, mais de se souvenir de ce qu'il nous a laissé.
À priopos de l'auteur
Antoine de Saint-Exupéry est né à lyon, le 29 juin 1900. Le baptême de l’air qu’il reçoit fin juillet 1912 sur l’aérodrome d’Ambérieu-en-Bugey décidera de sa vocation de pilote. Au sortir de l’armée, en 1923, il fait différents métiers. Il publie en 1926 son premier récit, dont l’action se situe dans le monde de l’aviation. En 1938, il tente de relier New York à la Terre de Feu : blessé au cours de sa tentative, il passe une longue convalescence à New York. Il publie alors Terre des hommes, grand prix du roman de l’Académie française et National Book Award aux Etats-Unis (1939). Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il est pilote de reconnaissance au groupe 2/33 (1939-1940), puis se fixe à New York. C'est durant ce second séjour dans la métropole américaine qu'il publie «Le Petit Prince» (1943), son grand succès. Il gagne ensuite l’Afrique du Nord et réintègre le groupe 2/33 malgré de nombreuses blessures et l’interdiction de voler. Cependant, Saint-Exupéry insiste pour obtenir des missions : le 31 juillet 1944, il s’envole de Borgo, en Corse. Il ne reviendra jamais.









