
Yasmina Khadra
La plume qui réconcilie les blessures du monde
Yasmina
Khadra
De la décennie noire algérienne aux ruelles de Montmartre, l'écrivain franco-algérien poursuit son exploration de l'humanité avec une sensibilité renouvelée.
20 novembre 2025
Récompensé en janvier 2025 par le prestigieux prix Pepe Carvalho pour l'ensemble de son œuvre, Yasmina Khadra confirme sa place parmi les voix littéraires majeures de notre époque.
Au cœur du quartier de Barbès, Nestor, personnage attachant atteint de nanisme, arpente les rues avec une vitalité communicative. C'est le héros de Cœur-d'amande, le trentième roman de Yasmina Khadra, paru en août 2024 aux éditions Mialet Barrault.
Un virage littéraire surprenant pour cet auteur habitué à dépeindre la violence des conflits. Cette fois, l'ancien commandant de l'armée algérienne choisit la tendresse, l'amitié et la résilience comme armes narratives, explorant avec une sensibilité renouvelée la complexité humaine.
Une trilogie qui a marqué les consciences
Impossible d'évoquer Yasmina Khadra sans revenir sur cette trilogie qui l'a propulsé au rang d'écrivain incontournable du dialogue entre Orient et Occident. Les Hirondelles de Kaboul (2002), L'Attentat (2005) et Les Sirènes de Bagdad (2006) forment un triptyque saisissant sur les ravages du fanatisme et l'incompréhension entre les civilisations.
Dans L'Attentat, qui a reçu le prix des libraires en 2006 et a été adapté au cinéma par Ziad Doueiri, un chirurgien palestinien israélien découvre que sa femme s'est transformée en kamikaze.
Ce roman, traduit dans trente-six pays, pose avec une acuité troublante la question de l'aveuglement amoureux face à la radicalisation. Les Sirènes de Bagdad poursuit cette exploration en suivant un jeune Irakien dont la famille est humiliée par des soldats américains, le conduisant inexorablement vers la vengeance. Quant aux Hirondelles de Kaboul, elles dépeignent l'Afghanistan sous le joug taliban à travers deux couples, illustrant la déshumanisation progressive d'une société sous l'emprise de l'extrémisme.
Cette trilogie, écrite avec une écriture à la fois brutale et poétique, a touché des millions de lecteurs à travers le monde. Ses œuvres sont traduites en 53 langues et éditées dans 56 pays, témoignant de l'universalité des questions qu'il soulève.
Un pseudonyme devenu symbole
Le choix du pseudonyme Yasmina Khadra, emprunté à son épouse, n'est pas anodin. Dans les années 1990, Mohammed Moulessehoul, alors officier engagé dans la lutte antiterroriste pendant la guerre civile algérienne, devait contourner la censure militaire pour publier.
Mais au-delà de cette nécessité pratique, ce nom féminin est devenu un engagement : celui de défendre l'émancipation de la femme musulmane dans un monde arabo-musulman souvent conservateur.
Une reconnaissance internationale
En janvier 2025, l'Espagne littéraire vient de lui attribuer le prix Pepe Carvalho, qui récompense depuis 2006 les auteurs de romans policiers pour l'ensemble de leur œuvre.
Une distinction qui le place aux côtés de Michael Connelly, James Ellroy ou Andrea Camilleri. Cette reconnaissance couronne une carrière jalonnée de prix prestigieux, dont le Grand prix de littérature Henri-Gal de l'Académie française en 2011.
En 2024, Yasmina Khadra a également été le parrain du festival Lire en Poche à Gradignan, dont la thématique « Exils » résonne particulièrement avec son parcours et son œuvre.
Lui qui a connu l'exil intérieur durant la décennie noire, puis l'exil géographique au Mexique et en France, incarne parfaitement ces questionnements identitaires et ces vies recommencées ailleurs.
À propos de l'auteur
Yasmina Khadra, pseudonyme de Mohammed Moulessehoul, est né en 1955 dans le Sahara algérien. Ancien commandant de l'armée algérienne pendant vingt-cinq ans, il s'est consacré à l'écriture après avoir quitté l'armée en 2000. Auteur d'une trentaine d'ouvrages traduits dans plus de cinquante langues, son style mêle violence et poésie pour explorer les conflits entre Orient et Occident et l'histoire tourmentée de l'Algérie.










