Éric-Emmanuel Schmitt
Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran
Éric-Emmanuel
Schmitt
- Albin Michel
- 13 juin 2001
- 84 pages
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Série
La Traversée des temps
Dans Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, Éric-Emmanuel Schmitt nous offre un récit touchant et délicat qui transcende les barrières culturelles et religieuses. Cette nouvelle, d'à peine quatre-vingts pages, parvient à condenser une richesse émotionnelle et philosophique remarquable.
L'intrigue se déroule dans le Paris des années 1960, rue Bleue, où vit Moïse, dit Momo, un adolescent juif de treize ans livré à lui-même par un père distant et une mère absente.
Sa vie bascule lorsqu'il fait la connaissance de Monsieur Ibrahim, un épicier musulman âgé qui tient la supérette du quartier. Cette rencontre fortuite se transforme progressivement en une relation père-fils adoptive, empreinte de tendresse et de sagesse.
Portraits sensibles
Momo incarne la solitude de l'adolescence abandonnée, mais aussi sa capacité de résilience. Schmitt évite l'écueil du misérabilisme en dotant son personnage d'un humour et d'une vivacité qui rendent son évolution crédible et attachante.
Monsieur Ibrahim représente la figure du sage bienveillant. Loin des clichés orientalistes, il est dépeint avec nuance : homme pragmatique autant que mystique, il distille ses leçons de vie avec simplicité et humour. Sa philosophie, teintée de soufisme, s'exprime davantage par ses actes que par de longs discours.
L'œuvre illustre avec finesse la possibilité d'un dialogue authentique entre judaïsme et islam. Sans naïveté, Schmitt montre comment la spiritualité peut créer des ponts au-delà des appartenances confessionnelles.
Le cœur du récit réside dans la transmission intergénérationnelle. Monsieur Ibrahim transmet à Momo bien plus que des conseils : il lui offre une vision du monde apaisée, où la joie de vivre prime sur l'amertume.
Le voyage que font ensemble les deux protagonistes vers l'Orient fonctionne comme un récit initiatique. Momo découvre ses racines et trouve sa voie, guidé par la sagesse discrète de son mentor.
L'écriture de Schmitt se caractérise par sa simplicité apparente et sa profondeur cachée. Le récit, mené à la première personne par Momo adulte qui se remémore son adolescence, adopte un ton à la fois nostalgique et apaisé. Les dialogues, naturels et vivants, portent l'essentiel du message philosophique sans jamais verser dans la leçon de morale.
Le succès de cette œuvre, adaptée au théâtre puis au cinéma par François Dupeyron en 2003 (avec Omar Sharif dans le rôle-titre), témoigne de sa force d'évocation. L'adaptation cinématographique a d'ailleurs permis de révéler toute la dimension visuelle et sensorielle du texte.
À propos de l'auteur
Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, traduit en 45 langues et joué dans plus de 50 pays, Éric-Emmanuel Schmitt est l'un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde. Le Cycle de l'invisible s'est vendu à plus de 10 millions d'exemplaires. Il a été élu en janvier 2016 à l'unanimité par ses pairs comme membre de l'Académie Goncourt.






