
Harry Dickson
Le Sherlock Holmes belge qui conquit l'Europe
Jean
Ray
Dans les kiosques à journaux de la Belgique des années 1920, un détective en redingote s'imposait progressivement comme une figure incontournable de la littérature populaire.
Harry Dickson, surnommé "le Sherlock Holmes américain", allait devenir bien plus qu'une simple imitation du célèbre enquêteur de Baker Street : il incarnerait l'âge d'or du roman policier populaire en langue française.
Des origines allemandes à une renaissance belge
L'histoire de Harry Dickson commence paradoxalement en Allemagne, où le personnage apparaît pour la première fois dans une série de fascicules bon marché destinés au public populaire.
Mais c'est en Belgique que ce détective connaîtra sa véritable consécration, grâce à la plume d'un auteur qui transformera radicalement le personnage.
Jean Ray, pseudonyme de Raymond De Kremer (1887-1964), reprend la série en 1927 pour les éditions Vandersteen.
Cet écrivain belge, qui s'était déjà illustré dans le fantastique et le roman d'aventures, va métamorphoser Harry Dickson en un enquêteur confronté à des mystères teintés de fantastique et d'horreur, bien loin du rationalisme strict de Conan Doyle.
Une esthétique du mystère et de l'épouvante
Sous la plume de Jean Ray, Harry Dickson évolue dans un Londres gothique et inquiétant, peuplé de sociétés secrètes, de savants fous et de créatures venues d'ailleurs.
Les titres des aventures révèlent cette atmosphère si particulière : La Bande de l'Araignée, Les Liens de l'épouvante, Le Châtiment des Foyle.
Selon l'universitaire Jean-Baptiste Baronian, spécialiste de Jean Ray, l'auteur belge a créé avec Dickson une œuvre qui mêle habilement enquête policière et littérature fantastique.
L'époque de publication, l'entre-deux-guerres, correspond à un moment d'effervescence pour la littérature populaire.
Les fascicules hebdomadaires se vendent par dizaines de milliers d'exemplaires, offrant au public ouvrier et petite-bourgeoisie une évasion à bon marché.
Harry Dickson s'inscrit dans cette tradition des "pulps", ces publications imprimées sur papier de mauvaise qualité mais riches en imagination.
Un succès qui traverse les décennies
Jean Ray rédige environ 180 aventures de Harry Dickson entre 1927 et 1938, puis occasionnellement jusqu'en 1940. Ce corpus impressionnant témoigne d'une popularité considérable auprès du lectorat belge et français.
L'écrivain français Jacques Van Herp, grand connaisseur de la littérature populaire, a souligné l'importance de cette série dans l'histoire du roman policier francophone.
Contrairement à de nombreux héros de fascicules tombés dans l'oubli, Harry Dickson connaît une postérité remarquable.
Dans les années 1970, les éditions Marabout rééditent une sélection des meilleures aventures, permettant à de nouvelles générations de découvrir le détective.
Les histoires de Dickson ont également inspiré la bande dessinée, le théâtre et même le cinéma.
À propos de l'auteur
C’est sous les noms de Jean Ray, puis de John Flanders, qu’en français et en flamand, Raymond Jean Marie De Kreme composa une œuvre monstrueuse autant par sa taille (6500 textes) que par sa singularité. En plus du célèbre Harry Dickson qu’il réinventa, il publia romans (Malpertuis) et recueil de nouvelles (Les Contes du whisky) qui font de lui le chantre du « réalisme panique ».







