Marie-Hélène Lafon
« Hors champ » : cinquante ans de destins contrariés
Marie-Hélène
Lafon

Paru en janvier 2026 aux éditions Buchet-Chastel, Hors champ est le onzième roman de Marie-Hélène Lafon. En 170 pages d'une densité remarquable, l'auteure déploie cinquante années de la vie de Claire et Gilles, sœur et frère nés dans une ferme isolée du Cantal.
11 février 2026
« Dix tableaux, dix morceaux de temps, détachés, choisis », comme le décrit l'éditeur. Le roman alterne les points de vue entre Claire, qui s'échappe par les études pour devenir enseignante puis écrivaine à Paris, et Gilles, fils assigné à reprendre l'exploitation familiale sous l'ombre écrasante d'un père violent.
L'ouvrage a reçu des critiques unanimement élogieuses. Le magazine Lire salue une autrice qui « semble au sommet de son art », tandis qu'Augustin Trapenard, dans La grande librairie, évoque « un si beau livre de silences et de lumière ». Le Figaro conclut : « La romancière n'a peut-être jamais été aussi bouleversante que dans ces pages puissantes. »
Dans une récente interview, Marie-Hélène Lafon explique sa démarche : « Le hasard de la naissance m'a placée dans un monde où j'ai été témoin de la perte de sens (de ce métier) », a-t-elle confié à sur Radio Vinci Autoroutes, en janvier 2026, évoquant la détresse agricole contemporaine. Sur sa construction narrative fragmentaire, elle précise, en entrevue avec Version Femina: « J'ai envie de vous dire que je fais les livres que je peux. Je le dis sans fausse modestie aucune, mais je ne peux pas déployer. J'écris court. »
Une écriture de l'ellipse et du silence
Le style de Marie-Hélène Lafon se caractérise par une économie de mots remarquable. Son écriture épurée, presque sèche, restitue la dureté du labeur paysan sans tomber dans la nostalgie. Elle manie l'ellipse avec une maîtrise qui lui permet de dire le maximum avec un minimum de mots.
Le Cantal et sa rivière, la Santoire, forment le décor de la majorité de ses romans. Mais au-delà du terroir, c'est une réflexion universelle sur la filiation, la violence familiale et les destins contrariés qu'elle déploie.
Dans ses récits, les personnages parlent peu mais existent puissamment, habités par des silences lourds de sens.
L'auteure revendique des influences littéraires fortes, citant notamment Gustave Flaubert, dont elle admire le travail acharné sur la langue, ainsi que Louis Calaferte et Jean Genet.
Son processus créatif passe d'abord par une phase manuscrite sur des carnets avant un travail numérique méticuleux.
À propos de l'auteure
Marie-Hélène Lafon est née en 1962 à Aurillac et vit à Paris où elle enseigne les lettres classiques. Issue d'une famille de paysans cantaliens, elle a publié onze romans et plusieurs recueils de nouvelles aux éditions Buchet-Chastel. Prix Renaudot des lycéens (2001), prix Goncourt de la nouvelle (2016) et prix Renaudot (2020), elle consacre son œuvre au monde rural en voie de disparition avec une écriture elliptique et puissante.









