Mitra Hejazipour
Échec et mat au régime des mollahs
En décembre 2019, sur un échiquier moscovite, une jeune femme fait un coup qui changera sa vie à jamais. Mitra Hejazipour, grand maître international d'échecs, retire son hijab lors des Championnats du monde de blitz. Ce geste apparemment simple scelle son destin : l'exclusion de l'équipe nationale iranienne, l'impossibilité de rentrer dans son pays, et le début d'un exil qui la mènera jusqu'en France.
16 janvier 2026
Née le 19 février 1993 à Mechhed, dans le nord-est de l'Iran, Mitra découvre les échecs à six ans dans un univers familial où tout le monde pratique ce jeu millénaire.
Son talent éclate rapidement : à sept ans, elle bat déjà les adultes de sa famille. En 2003, à seulement dix ans, elle devient vice-championne du monde de sa catégorie, à égalité de points avec la future championne mondiale chinoise Hou Yifan.
Les titres s'accumulent : championne d'Iran en 2012, championne d'Asie en 2015, et la même année, elle obtient le prestigieux titre de grand maître international féminin, devenant la deuxième Iranienne de l'histoire à atteindre ce sommet.
Une réalité oppressante
Mais derrière ces succès sportifs se cache une réalité oppressante. Lors de ses déplacements avec l'équipe nationale, des agents accompagnaient systématiquement les joueuses et les obligeaient à s'habiller selon les diktat du régime.
Dans une interview accordée à France Info, elle confie : « J'en avais marre de tout ça. La liberté est la chose la plus importante pour moi et les femmes en Iran. »
Son inspiration viendra d'une autre femme courageuse. En décembre 2017, Vida Movahed monte sur une plateforme en plein cœur de Téhéran, tête nue, brandissant son voile au bout d'un bâton.
Ce geste de défi sera répété par d'autres Iraniennes, conduisant à de nombreuses arrestations.
Mitra Hejazipour, alors déjà installée temporairement à Brest grâce à Reza Salami, un adjoint au maire iranien d'origine qui l'avait convaincue de rejoindre le club local, observe ces événements avec une admiration mêlée de révolte.
En décembre 2019, alors que l'Iran réprime violemment des manifestations contre la hausse du prix du carburant – près de 200 personnes y perdront la vie –, Mitra prend sa décision à Moscou.
Sans le voile
Elle joue sans voile. La sanction tombe un mois plus tard : exclusion définitive de l'équipe nationale. Selon ses propres mots rapportés dans plusieurs médias, elle considère le hijab comme une « limitation » et non une « protection » pour les femmes.
L'exil devient alors permanent. Installée d'abord à Brest, puis à Paris, Mitra apprend le français et s'inscrit en licence d'informatique avant de poursuivre avec un master en ingénierie.
Privée de sa famille restée en Iran, elle suit de loin les manifestations qui secouent son pays natal, notamment après la mort de Mahsa Amini en septembre 2022. Dans un entretien accordé à l'Observatoire de l'Europe, elle déclare : « La mort de Mehsa Amini a été le début de la fin de ce régime. »
À propos de l'auteure
Mitra Hejazipour, née en 1993, championne d'Asie (2015) et médaillée de bronze au championnat du monde par équipes, a remporté la médaille d'or au championnat de France en 2023. Elle représente désormais l'Hexagone au sein de l'équipe nationale lors des championnats du monde. Elle a reçu le Prix de la Liberté en 2024.








