Marek Halter
Le conteur controversé de la mémoire juive
Marek
Halter
Entre succès planétaire et accusations d'affabulation, l'écrivain franco-polonais navigue depuis quatre décennies entre fiction et réalité.
28 décembre 2025
C'est l'un des romanciers français les plus lus dans le monde. Traduit en plus de vingt langues, vendu à des millions d'exemplaires, Marek Halter a bâti une œuvre monumentale consacrée à l'histoire du peuple juif.
Pourtant, derrière la figure du militant infatigable pour la paix et les droits de l'homme se cache un personnage controversé, accusé par certains d'avoir embelli sa propre histoire.
L'enfant du chaos
Né le 27 janvier 1936 à Varsovie — bien que son état civil mentionne 1932 —, Marek Halter est le fils de Salomon Lewi Halter, linotypiste issu d'une lignée d'imprimeurs, et de Pola Perl Rotstein, bibliothécaire et poétesse yiddish. Dès ses premières années, sa vie bascule dans le chaos de la Seconde Guerre mondiale.
En 1940 ou 1941, selon les sources, ses parents fuient Varsovie pour se réfugier dans la partie orientale de la Pologne occupée par l'Union soviétique.
À la suite de l'invasion allemande de l'URSS en juin 1941, la famille se retrouve à Kokand, en Ouzbékistan, où un million de réfugiés s'entassent dans une ville de 300 000 habitants. C'est là que Bérénice, sa petite sœur de trois ans, meurt de faim. À peine âgé de six ans, le jeune Marek lutte pour sauver ses parents frappés par la dysenterie.
Selon sa biographie officielle, en 1945, il se rend comme délégué des pionniers d'Ouzbékistan à la fête de la Victoire sur la place Rouge, où il offre des fleurs à Staline. En 1946, la famille retourne en Pologne avant de s'installer définitivement à Paris en 1950.
De la peinture à l'écriture
À quinze ans, Marek Halter devient mime dans la compagnie de Marcel Marceau, puis intègre l'École nationale supérieure des Beaux-Arts. Lauréat du prix international de peinture de Deauville en 1953 et de la Biennale d'Ancône, il expose à Buenos Aires en 1955 et se lie d'amitié avec le président Juan Perón.
Mais c'est en 1967, lors de la guerre des Six Jours, que sa trajectoire change. Il fonde le Comité international pour la paix négociée au Proche-Orient et devient l'un des pionniers du dialogue israélo-palestinien.
En 1968, avec son épouse Clara, il crée la revue Éléments, première publication réunissant Israéliens, Palestiniens et Arabes.
Encouragé par le journaliste Pierre Viansson-Ponté du Monde, qui lui suggère d'écrire un livre, Halter publie en 1976 Le Fou et les Rois, récit de ses expériences au Proche-Orient. Le succès est immédiat : le livre remporte le prix Aujourd'hui et devient un best-seller.
À propos de l'auteur
Marek Halter, né en 1936 à Varsovie, est un écrivain et militant franco-polonais naturalisé français en 1980. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages traduits en plus de vingt langues, il est notamment célèbre pour La Mémoire d'Abraham (prix du Livre Inter 1984), fresque épique sur deux mille ans d'histoire juive. Officier de la Légion d'honneur, infatigable défenseur de la paix au Proche-Orient et des droits de l'homme, sa vie et son œuvre demeurent entourées de controverses sur l'authenticité de certains épisodes biographiques.








