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Grangé démasque le diable : son père

Après trente ans de thrillers sanglants, le maître du polar français lève le voile sur l'origine de ses cauchemars. Un récit autobiographique qui bouleverse autant qu'il explique.

logo livresse 21 octobre 2025

« D'où vous viennent des idées pareilles ? » La question revient comme une litanie depuis plus de trente ans. Jean-Christophe Grangé, l'homme derrière Les Rivières pourpres et Le Vol des cigognes, celui qui a terrorisé des millions de lecteurs avec ses thrillers macabres, n'a jamais vraiment su quoi répondre. Jusqu'à maintenant.

Dans Je suis né du diable, publié aux éditions Albin Michel en octobre 2025, l'écrivain de 64 ans fait volte-face. Fini les tueurs en série fictifs et les complots ésotériques. Cette fois, c'est sa propre histoire qu'il met à nu, dans une autobiographie aussi glaçante que ses romans les plus noirs.

Une enfance heureuse... mais pas normale

Le récit débute par une révélation troublante : l'enfance de Grangé fut « parfaitement heureuse » mais « pas normale ». Une contradiction qui cache une réalité terrifiante. L'auteur y décrit avoir grandi « à l'ombre d'une menace, d'une histoire d'épouvante que personne n'a jamais voulu [lui] raconter ».

En creusant dans son passé familial, Grangé découvre ce qu'il pressent depuis toujours : un père qu'il qualifie sans détour de « diabolique ». Pas un simple père violent ou défaillant, précise-t-il avec une froideur clinique, mais « le diable » incarné. Violence exacerbée, persécution mentale, terreur quotidienne : tous les ingrédients des romans de Grangé étaient déjà là, dans le foyer familial.

Quand la fiction dévore le réel

Ce qui frappe dans ce témoignage de 332 pages, c'est la mise en abyme vertigineuse : Grangé réalise que ses romans ont été, pendant trois décennies, des « autobiographies détournées ». Chaque tueur sadique, chaque figure paternelle maléfique, chaque victime terrorisée portait les stigmates de son propre trauma.

L'auteur évoque notamment le lien entre les tueurs en série et l'enfance fracassée, affirmant qu'« aucun d'eux n'est un enfant bien né, aimé, équilibré ». Une observation qui prend une dimension particulièrement troublante lorsqu'on sait qu'elle émane d'un homme qui a passé sa vie à explorer les méandres de la violence.

L'écrivain applique à sa propre vie la même intensité qu'à ses fictions, créant un récit hypnotique où le lecteur est happé page après page.

Mais l'exercice est risqué. En exposant ainsi ses blessures, Grangé s'expose au jugement, à la pitié, au voyeurisme. Il transforme son intimité en spectacle littéraire, questionnant au passage les limites entre catharsis personnelle et œuvre publique.

Peut-on échapper à ses origines ?

La question traverse tout le livre : sommes-nous condamnés à répéter, à reproduire, à porter éternellement le poids de nos géniteurs ? Grangé ne donne pas de réponse définitive. Il constate simplement que de cette « histoire de diable », il a fait une œuvre. Que le poison est devenu encre.

« Mon père n'était ni un mauvais père, ni un mari violent. Il était, purement et simplement, le diable », écrit-il avec une lucidité glaçante. Cette phrase résume à elle seule l'audace du projet : nommer l'innommable, mettre des mots sur l'indicible.

Un livre nécessaire ?

Je suis né du diable divise. Certains lecteurs y voient un acte de courage, une libération salutaire. D'autres s'interrogent sur la nécessité de cette exposition publique, sur ce besoin de justification. Après tout, a-t-on vraiment besoin de connaître l'origine du mal pour apprécier l'œuvre ?

Ce qui est certain, c'est que ce livre transforme rétrospectivement toute la bibliographie de Grangé. Impossible désormais de lire Les Rivières pourpres ou Le Vol des cigognes sans y chercher la trace du père diabolique. L'auteur a ouvert une porte qu'il ne pourra plus refermer.

Dans sa conclusion, Grangé cite cette phrase poignante : « Au fond de mon malheur, je découvre avec ravissement que ce sont nos enfants qui nous donnent la vie. » Une lueur d'espoir dans les ténèbres. Car si le diable l'a engendré, Grangé a su, par ses propres enfants et par l'écriture, s'en affranchir.

À propos de Jean-Christophe Grangé

Avec plus de vingt romans, la plupart adaptés au cinéma ou à la télévision, Jean-Christophe Grangé occupe une place particulière dans le paysage du thriller français. En écrivant Les Promises (Albin Michel, 2021), il ouvre un champ nouveau, où l'Histoire interroge la fascination du Mal. Rouge Karma poursuit cette voie et rejoint les grands romans de la littérature française.

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