Margaret Atwood
Une plume acérée contre
l'interdiction de livres en Alberta
Margaret
Atwood


LIVRESSE.COM - D'un trait satirique mordant, l'auteure canadienne de renommée mondiale, Margaret Atwood, répond à Danielle Smith, la première ministre de l’Alberta avec un conte dystopique qui fait mouche.
Margaret Atwood n'a jamais mâché ses mots, et sa dernière salve littéraire le prouve une fois de plus. Face à la décision controversée du gouvernement albertain de retirer des bibliothèques scolaires les ouvrages jugés « trop sexuellement explicites », l'auteure de La Servante écarlate a riposté le 31 août sur X avec un conte satirique aussi cinglant qu'efficace.
La cible de sa plume acérée ? La première ministre Danielle Smith et sa politique d'épuration littéraire qui a notamment visé son propre chef-d'œuvre dystopique. Dans un court récit d'une ironie corrosive, Atwood présente l'histoire aseptisée de « John et Mary », deux « très, très bons enfants » qui incarnent la vision édulcorée que semble privilégier le gouvernement albertain.
« Ils ne se sont jamais curé le nez, n'ont jamais eu de selles ou de boutons », écrit l'auteure dans cette parodie d'une littérature jeunesse vidée de toute réalité humaine. Le couple fictif grandit, se marie et a cinq enfants « sans jamais avoir de relations sexuelles », illustrant l'absurdité d'une approche qui nie les réalités biologiques et émotionnelles de l'existence.
Mais c'est dans la chute de son récit qu'Atwood place son estocade la plus redoutable. Après avoir dépeint ce monde artificiel, elle conclut : « pendant ce temps, The Handmaid's Tale s'est réalisé et Danielle Smith s'est retrouvée avec une belle robe bleue toute neuve mais sans travail. »
Cette référence aux robes bleues des « Épouses » dans son roman dystopique résonne particulièrement dans le contexte politique actuel. En suggérant que les politiques restrictives de Smith pourraient mener à sa propre chute politique, Atwood établit un parallèle saisissant entre fiction et réalité.
Le bleu, c’est aussi la couleur des parti conservateurs au Canada.
L'intervention de l'auteure intervient après que son roman La Servante écarlate ait été inscrit sur la liste des ouvrages à retirer des bibliothèques scolaires albertaines. Une ironie que n'a pas manqué de souligner Atwood, qui qualifie les élèves de dix-sept ans de « bébés stupides » aux yeux du ministre de l'Éducation.
Cette polémique révèle une tension plus large sur les limites de la censure en milieu scolaire et sur qui détient l'autorité pour déterminer ce qui convient aux jeunes lecteurs. En choisissant la satire plutôt que l'indignation directe, Margaret Atwood démontre une fois de plus que l'arme la plus efficace contre l'obscurantisme reste parfois le rire grinçant de l'intelligence.
À propos de l'auteure
Margaret Atwood, née en 1939 à Ottawa, est diplômée des universités de Toronto et d'Harvard. Auteur d'une quarantaine d'ouvrages – La Servante écarlate, OEil de chat, La Voleuse d'hommes, Captive, C'est le coeur qui lâche en dernier –, elle est l'un des écrivains les plus estimés de notre époque. Lauréate de dix doctorats honoris causa, chevalier de l'ordre français des Arts et des Lettres, elle reçoit, en 2000, le Booker Prize pour Le Tueur aveugle puis de nouveau en 2019 pour Les Testaments. Margaret Atwood vit à Toronto avec son mari, l'écrivain Graeme Gibson.










