|
|
Courrier
| ||||||||||||||||
|
|
Au menu, une société violente, très violente D'entrée de jeu, une tête roule, tranchée d'un seul coup d'épée, et un corps est piétiné sans pitié par les sabots d'un puissant destrier. Le message est clair. Ce voyage dans le passé de la Dordogne du milieu du XIVe siècle annonce une époque marquée du sceau de la violence. Après l'ère des dinosaures, Michael Crichton s'est tourné vers la France et la Dordogne est devenue le décor de son nouveau roman, Prisonniers du temps. À son penchant pour le «dialogue scientifique» s'ajoute dans ce nouveau titre un dialogue historique sur les moeurs et les coutumes de la société à un moment précis, en 1357.
La guerre de Cent ans a déjà débuté et le lecteur assistera à une guerre locale, qui verra le défroqué Arnaud de Cervole, dit l'Archiprêtre, déloger le noble chevalier anglais Oliver de Vannes. Un mystérieux conseiller militaire permettra à Oliver de défendre avec ingéniosité son dernier retranchement, la forteresse de La Rocque. Mais un traître dévoilera à l'assaillant un passage secret qui lui permettra de pénétrer dans la place. Voilà la trame historique en place. Les protagonistes du roman de Crichton s'y glisseront grâce à la manipulation des trous dans l'écume quantique qui permet un accès au plurivers. Une petite explication ici s'impose. Le plurivers, c'est, selon une théorie scientifique, l'existence de plusieurs univers parallèles. Ainsi, on ne voyage pas dans le temps, on se déplace plutôt d'un univers à l'autre. Et les différents univers ne sont pas tous à la même époque. Un peu comme lorsque l'on saute d'une chaine télévisée à l'autre sur un même téléviseur. Les émissions ne sont pas toutes de la même époque. Au milieu de ce décor, Crichton dévoile à ses lecteurs un paysage violent, très violent, où existe peu de respect pour la vie humaine. Il tente aussi de détruire le mythe du chevalier au petit gabarit, nous montrant plutôt des combattants musclés, dans une forme physique exceptionnelle et qui chevauchent des destriers imposants. Coup d'oeil aussi sur l'environnement physique de cette époque, ses forêts denses, ses avancées techniques, sa mode vestimentaire, son hygiène et sa cuisine locale. Cette société, après tout, n'était pas que violence et montrait les signes avant-coureurs, autour de son moulin, de ce qu'allait devenir, 550 ans plus tard, la société moderne industrielle. Un véritable cours d'histoire de l'époque médiévale. À travers cet effort historique, qui s'appuie sur une imposante bibliographie dont Crichton donne un aperçu à la fin de son livre, l'auteur n'en suit pas moins la trame habituelle du roman à succès américain. Mise en situation, éclatement d'un problème sérieux, multiplication des difficultés et des rebondissements puis, finalement, dénouement du suspense.
S'il y a un reproche à faire à ce livre, c'est probablement cette multiplication trop exploitée des difficultés et des rebondissements. On a à un certain moment l'impression de se retrouver au milieu d'un scénario de télévision, genre Indiana Jones.
|
||||