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Courrier
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L'effet Punta Cana ou l'euphorie dans l'inégalité LIVRESSE (Mai 2000) - Le sable est chaud, le ciel est bleu et la mer transporte des effluves de bonheur tranquille. Il fait dans les 30 degrés sur la plage de Punta Cana, village touristique de la pointe Est de la République dominicaine. Un Français assez costaud, avide des douceurs du sud mais ne pouvant se payer la Côte d'Azur, y croise un Québécois caché derrière des verres fumés style «mafia», celui-là qui en a assez des tempêtes de neige et des 40 degrés sous zéro de janvier. «Elle va bien Linda Lemay», s'informe le costaud. «J'sais pas, répond les grosses lunettes, moi j'préfère Adamo». Un peu offusqué, le Français qui en bave pour la chanteuse québécoise ajoute: «Adamo, le Belge, oui. J'imagine que Monsieur aime les frites aussi!» Drogués par l'euphorie perpétuelle se dégageant de ce décor enchanteur des mers du sud, nos deux hommes en restent là. Autour d'eux, les autres touristes parlent allemand, portugais, américains et espagnol. Punta Cana, c'est le bonheur, l'euphorie perpétuelle à bon marché disponible à tous les occidentaux. La concrétisation du thème de Pascal Bruckner. Mais à quelques mètres à peine, derrière les hautes clôtures des complexes touristiques, la population résidente de Punta Cana crie le contraire. Là, au milieu de la pauvreté, personne ne comprend la signification de ce qu'est «la possibilité accordée à chacun de maîtriser son destin et d'améliorer son existence». Sauf pour les quelques rares doués qui feront carrière au base-ball américain, l'existence améliorée ne veut guère dire grand chose. Nous vivons la richesse. À Punta Cana, les locaux se contentent de la regarder. Et elle ressemble à un bedon enfoncé dans le sable. Un bedon allemand qui lit du Günter Grass, un bedon français qui lit Amélie Nothomb, un bedon américain le nez enfoui dans un Tom Clancy ou un bedon québécois qui feuillette un Stephen King. Bon, maintenant on peut commencer à lire «L'euphorie perpétuelle» de Bruckner.
Quatrième de couverture J'appelle devoir de bonheur cette idéologie qui pousse à tout évaluer sous l'angle du désir et du désagrément, cette assignation à l'euphorie qui rejette dans l'opprobre ou le malaise ceux qui n'y souscrivent pas. Perversion de la plus belle idée qui soit : la possibilité accordée à chacun de maîtriser son destin et d'améliorer son existence. C'est alors le malheur et la souffrance qui sont mis hors la loi, au risque, à force d'être passés sous silence, de resurgir où on ne les attendait pas. Notre époque raconte une étrange fable : celle d'une société vouée à l'hédonisme, à laquelle tout devient irritation et supplice. Comment la croyance subversive des Lumières, qui offre aux hommes ce droit au bonheur jusqu'alors réservé au paradis des chrétiens, a-t-elle pu se transformer en dogme ? Telle est l'aventure que nous retraçons ici.» P.B.
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